« A quoi sert l’information ? A rien. Ce constat que l’on n’ose pas dire, ce constat sacrilège, tout le monde le vit plus ou moins en regardant l’insupportable des images qui nous viennent du Kosovo, du Rwanda, d’Algérie ou d’ailleurs. Bien sûr l’information est vitale dans les stratégies des Etats, dans les parties d’échecs à l’échelle mondiale, pour préparer une opinion publique au pire, pour prendre le pouvoir, pour manipuler. Mais ce que je reçois, dans ma solitude, dans mon impuissance apparente à agir, comment le vivre ? Cette prise de conscience est une révolution. »
Jacques Gonnet, Les médias et l’indifférence, PUF, 1999
Suite à la motion surprise de mardi dernier, le projet de loi sur les OGM a été retoqué à une voix près devant une commission mixte paritaire. Composée de 14 députés et sénateurs majoritairement de droite, la version du Sénat a été de suite entérinée. Elle repassera dans les deux hémicycles où le gouvernement verrouillera toute discussion en acceptant uniquement les amendements déposés ou acceptés par celui-ci.
Que
contient la loi ? La loi autorise pour 10 ans les cultures commerciales avec obligation de les déclarer. L’étiquetage des OGM sera obligatoire, mais seulement à partir du seuil de
0,9%.
Aucune étude de santé ne sera faite sur des mammifères, ni sur l’environnement local alors que l’exigeait la directive.
Un principe de précaution bafoué…
La loi, autorisant les cultures commerciales, rend incontrôlable la dissémination des OGM. Elle n’a rien prévu contre une éventuelle contamination des champs non OGM, et encore moins d’indemnisations pour les propriétaires de ces derniers (seulement partiellement si les traces dépassent 0,9%, hors des semences, du transport, du stockage… ). Exit donc les cultures bio garanties sans OGM !!! Les propriétaires de culture OGM n’auront presque aucune responsabilité financière pour les dommages - irréversibles rappelons le- à l’environnement. Le reflexe de pollueur-payeur ne sera donc pas appliqué. Le principe de précaution…mais quel principe de précaution ?...
Quand on sait que la transgénese est une science loin d’être maîtrisée, son usage technique est par conséquent incontrôlable. Nous ne connaissons que l’alphabet du livre de la vie, mais pas sa grammaire, ni sa synthaxe. Ce qui nous donne des résultats périlleux, comme la fameuse tomate où l’on avait enlevé le gêne du pourrissement… Superbe avancée, victoire commerciale : nous pourrions alors stocker bien plus longtemps des tomates éclatantes ! Conséquence : à défaut de pouvoir suivre son cycle naturel, la tomate a littéralement implosé ! Cela pousse à la reflexion…
Mais à qui donc profite le "crime" ?
Les firmes OGM n’ont aucune obligation d’information concernant les risques pour la santé qui « pourraient nuire à leurs interêts »… En clair : silence total sur les risques éventuels.
Le Conseil de biotechnologie, censé garantir le principe de précaution, non content d’exclure la société civile, est majoritairement composé de pseudo-scientifiques pro-OGM…
Si le Conseil de biotechnologie ne fait pas son travail, quelle place reste-t-il pour une reflexion éthique nécessaire face aux avancées dites "GNR" (génétique nano robotique) qui ont toutes en commun un effet irréversible sur l’environnement de l’homme et sur sa corporeité ? L’homme, comme le voulait Descartes, doit-il être « maître et possesseur de la nature », ou bien plutôt « maître et protecteur » de celle-ci ? De même, la réflexion éthique est indispensable pour que "l'homme ne soit pas une malédiction pour lui-même" (Hans Jonas)
Bref, cette loi semble sortir tout droit du puissant lobbying OGM… qu’en est-il de la misssion d’interet général de nos élus ???
La prise en compte des inquiétudes des citoyens, aux oubliettes…
Cet « incident », comme le désigne J-F Copé, obtenu grâce à l’absentéisme des députés de la majorité lors du vote, traduit leur malaise face à une loi rejetée par la plupart des Français et qui suscite des inquiétudes concernant ses conséquences environnementales irréversibles. Les OGM, en plus du risque technique, relèvent d’une peur sociale : tel un cheval de Troie ou, comme la Peste de Camus, l’inconnu et le danger s’insinue dans le familier… Les OGM sont liés à ce type de peur qu’explique Lévi-strauss dans son ouvrage Le totémisme aujourd’hui.
Au lieu d’intégrer la matrice kantienne et de faire participer le citoyen dans le processus de décision lorsque cela relève du risque social, notre gouvernement a clairement choisi son camps. Ce qui se retournera contre lui un jour ou l’autre…
Conseil de lecture : concernant la réflexion éthique à avoir face aux biotechnologies et le statut de la personne dons nos sociétés, un ouvrage très intéressant de Stéphane Bauzon, La personne biojuridique.