« A quoi sert l’information ? A rien. Ce constat que l’on n’ose pas dire, ce constat sacrilège, tout le monde le vit plus ou moins en regardant l’insupportable des images qui nous viennent du Kosovo, du Rwanda, d’Algérie ou d’ailleurs. Bien sûr l’information est vitale dans les stratégies des Etats, dans les parties d’échecs à l’échelle mondiale, pour préparer une opinion publique au pire, pour prendre le pouvoir, pour manipuler. Mais ce que je reçois, dans ma solitude, dans mon impuissance apparente à agir, comment le vivre ? Cette prise de conscience est une révolution. » Jacques Gonnet, Les médias et l’indifférence, PUF, 1999
Initié par Jacques Chirac à la veille du referendum sur le traité constitutionnel, les heures sont comptées pour l’article 88-5 de la Constitution française, obligeant un referendum
pour tout nouvel élargissement à l’UE au terme du processus de négociation et de ratification d’un pays candidat.
Les risques du verrou référendaire
Il s’agissait à l’origine d’apaiser les peurs des Français face à une éventuelle adhésion de la Turquie. Mais ce « verrou » se révèle être une véritable bombe à retardement : en plus de lier les
mains du Président, les Français risquent ainsi de claquer la porte à des pays légitimes d’appartenir à terme au club des 27, tels que la Macédoine, les pays des Balkans… La France, ainsi mise dans
une position délicate, pourrait voir sa position s’affaiblir au sein de l’UE.
M. Jouyet, secrétaire d’Etat aux affaires européennes et connu pour ses convictions europhile et turcophile, a donc décidé de dénoncer haut et fort ce que la classe politique pense tout bas devant
le comité Balladur sur la réforme des institutions.
La pirouette du chef de l’Etat
Les Français sont et resteront frileux concernant l’adhésion de la Turquie. Mais le Président Sarkozy quant à lui sème le trouble. Jouant à chien et chat, il passe du candidat d’un
partenariat privilégié avec la Turquie au Président relançant les négociations avec ce même pays. Mais cette stratégie permet avant tout de gagner du temps en mettant sur la table trente chapitres
ne traitant pas de l’adhésion.
En effet, la situation peut s’inverser en un rien de temps. En Turquie tout d’abord, où l’europhilie de la population semble s’essouffler. De plus, la manière dont l’Etat résoudra la situation au
Kurdistan sera déterminante dans le processus d’adhésion. Tout dépend également de l’avenir du projet d’Union Méditerranéenne, sortant tout droit du chapeau sarkozien : rien ne dit que faire les
yeux doux à Angela Merkel, avocate de la position officielle européenne depuis son élection, ait les effets escomptés.
Mais rien n’est joué tant que l’UE ne sait pas exactement quel élargissement elle souhaite. Sans véritable projet politique, elle ne pourra pas se construire une identité et s’imposer comme une
actrice majeure dans l’arène mondiale.