« A quoi sert l’information ? A rien. Ce constat que l’on n’ose pas dire, ce constat sacrilège, tout le monde le vit plus ou moins en regardant l’insupportable des images qui nous viennent du Kosovo, du Rwanda, d’Algérie ou d’ailleurs. Bien sûr l’information est vitale dans les stratégies des Etats, dans les parties d’échecs à l’échelle mondiale, pour préparer une opinion publique au pire, pour prendre le pouvoir, pour manipuler. Mais ce que je reçois, dans ma solitude, dans mon impuissance apparente à agir, comment le vivre ? Cette prise de conscience est une révolution. »
Jacques Gonnet, Les médias et l’indifférence, PUF, 1999
L’année 2008 sera interculturelle ou ne sera pas. La Slovénie est le premier pays issu des pays de l’Est et tout nouvel adhérent (2004) à être à la tête de la présidence tournante de l’Union Européenne depuis le 1er janvier 2008. Sa situation - au carrefour de l’Autriche, de l’Italie et des Balkans –, et son histoire - né de l’éclatement de la Yougoslavie- fait de ce petit pays l’inaugurateur et le promoteur naturel de l’Année européenne du dialogue interculturel.
Une liberté d’action limitée
Devant s’inscrire dans la continuité et dans le cadre défini par ses prédécesseurs (Allemagne et Portugal), et pouvant être mise rapidement dans l’ombre par un poids lourd de l’UE -la France- qui récupère dés juillet le flambeau, la Slovénie voit sa marge de manœuvre diminuer.
Les objectifs principaux de Ljubljana sont :
- la mise en œuvre du nouveau traité européen dit « de Lisbonne », et la clarification de nombreux points litigieux, tels que les pouvoirs du Président ou le rôle d’Europol ;
- La conduite des négociations sur le réchauffement climatique, la politique énergétique de l’UE et sa dépendance vis-à-vis de la Russie. La Commission va en effet présenter en janvier un rapport «climat-énergie »;
- Une perspective européenne pour les Balkans, notamment une solution pour le statut du Kosovo, dont les négociations ont pris fin juste avant l’arrivée de la Slovénie (cf. mon article précédent); et la situation en Bosnie Herzégovine.
La Slovénie, pont indispensable entre les 27 et les Balkans
Cependant, la Slovénie dispose d’un atout irremplaçable. Elle appartenait à l’ancienne Yougoslavie tout comme la Serbie, et représente le pouls économique de la zone. Elle peut donc être un
médiateur plus facile et légitime par ses connaissances, son influence et ses contacts dans la région.
Une véritable course contre la montre est lancée : la Slovénie souhaite signer l’accord de stabilisation et d'association avec la Serbie avant les élections présidentielles serbes du 3 février. Au-delà de cette date, la province kosovare risque de proclamer unilatéralement son indépendance. Ce qui risquerait de mettre le feu aux poudres (et de voir la Serbie renoncer à ses aspirations européennes).
Au-delà de la présidence Slovène elle-même qui représente pour ce pays un défi considérable et un moyen de poursuivre son européanisation, la vieille Europe va avoir l’occasion de reconsidérer des pays perçus auparavant comme des ennemis, et de découvrir ce que l’Autre peut nous apporter, par le dialogue et l’échange.