« A quoi sert l’information ? A rien. Ce constat que l’on n’ose pas dire, ce constat sacrilège, tout le monde le vit plus ou moins en regardant l’insupportable des images qui nous viennent du Kosovo, du Rwanda, d’Algérie ou d’ailleurs. Bien sûr l’information est vitale dans les stratégies des Etats, dans les parties d’échecs à l’échelle mondiale, pour préparer une opinion publique au pire, pour prendre le pouvoir, pour manipuler. Mais ce que je reçois, dans ma solitude, dans mon impuissance apparente à agir, comment le vivre ? Cette prise de conscience est une révolution. »
Jacques Gonnet, Les médias et l’indifférence, PUF, 1999
Le 19 décembre 2007, le Conseil de Sécurité de l’ONU va discuter du rapport remis par la Troïka (Etats-Unis, Union Européenne et Russie) portant sur le statut à donner au Kosovo. Malgré 120 jours de négociations, aucune des propositions n’a abouti. Un vrai dialogue de sourds s’est instauré entre la Serbie et les autorités albanaises. Ces dernières mettent le feu au poudre en menaçant de proclamer unilatéralement l’indépendance du Kosovo.
Une province explosive
Cette région albanophone (90% de la population) du sud de la Serbie aspire à son indépendance depuis les massacres perpétrés en 1999 par le régime serbe de Slobodan Milosevic. L’UE, impuissante, avait alors fait appel à l’OTAN pour mettre fin à ces crimes.La province est depuis sous la protection conjointe des Nations Unies (Minuk) et de l’OTAN (Kfor) dont la France est un acteur majeur.
Face à une situation sécuritaire fragile (comme l’émeute antiserbe de mars 2004) et une impatience croissante des Albanais, Martti Ahtisaari, envoyé spécial du SGNU, a présenté en janvier 2007 un plan préconisant « un statut d’indépendance sous supervision de la communauté internationale » pour le Kosovo. Cette solution équilibrée propose des garanties à la minorité serbe et prend en compte les aspirations de la population albanophone. Ce plan se heurte cependant au refus des Serbes à toute concession sur la souveraineté, n’acceptant qu’une autonomie relative dans cette province.
L’UE au pied du mur
Le Kosovo étant aux frontières de l’Union Européenne, il semble légitime que cette dernière relaie l’OTAN et joue un rôle majeur dans ces négociations. C’est même une question d’honneur pour elle qui n’a pas su intervenir lors des massacres de 1999. Elle doit aussi être crédible en réussissant à parler d’une seule voix en faveur de l’indépendance du Kosovo, et à faire face aux réticences de la Russie, traditionnelle alliée à la Serbie disposant du droit de veto onusien.
Cela suppose que l’UE est assez forte pour assurer un déploiement sans précédent au Kosovo, d’ordre militaire, policier, douanier et même économique pour cette région très pauvre. L’UE est-elle prête à assumer une telle responsabilité ?
De même, accorder l’indépendance à cette province ne risque-t-il pas de favoriser l’apparition de micro-Etats en Europe, et d’encourager des populations à prendre les armes en
brandissant l’argument du « précédent juridique » ? Une véritable épée de Damoclès pour des pays comme la Chypre, la Bosnie, la Slovaquie, l’Ukraine et même l’Espagne…
L’UE se trouve à la croisée des chemins, et doit gagner du temps pour se convaincre elle-même, ainsi que les Russes et les Serbes, en vue d’une indépendance certes risquée, mais inéluctable…