« A quoi sert l’information ? A rien. Ce constat que l’on n’ose pas dire, ce constat sacrilège, tout le monde le vit plus ou moins en regardant l’insupportable des images qui nous viennent du Kosovo, du Rwanda, d’Algérie ou d’ailleurs. Bien sûr l’information est vitale dans les stratégies des Etats, dans les parties d’échecs à l’échelle mondiale, pour préparer une opinion publique au pire, pour prendre le pouvoir, pour manipuler. Mais ce que je reçois, dans ma solitude, dans mon impuissance apparente à agir, comment le vivre ? Cette prise de conscience est une révolution. »
Jacques Gonnet, Les médias et l’indifférence, PUF, 1999
Notre Président français a décidé il y a quelques mois de rouvrir certains chapitres dans la négociation avec la Turquie, en vue d’une éventuelle adhésion à l’UE (revenant entre nous soit dit sur l’une de ses promesses électorales). Ce débat sur l’élargissement cristallise le problème de l’identité européenne, nécessaire pour que l’Union Européenne ait un véritable projet et reste cohérente. Malgrè sa devise « Unie dans la diversité », beaucoup d’intérprétations contradictoires s’entrechoquent sur l’objectif que doit avoir l’UE. Se doter de valeurs communes n’est en effet pas si facile, avec 27 pays membres ayant tous un passé, une culture et une mentalité différente.
Malgré s’être dotée de structures communes en matière d’affaires étrangères, de sécurité et de Défense (la fameuse PESC), il reste à l’UE de définir et proposer enfin ses frontières,
et par là même son projet politique à ses citoyens, base nécessaire pour unir des peuples si différents. En effet, elle s’est contentée jusqu’alors de se définir en terme politique, dans des
domaines largement consensuels pour éviter toute confrontation entre les 27 : l’UE se doit de promouvoir la diversité de ses cultures, et se base sur « les principes de liberté, de
démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et de l’Etat de droit ». Elle défend également les droits fondamentaux de la Convention européenne de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Mais notre Union Européenne souffre d’un manque d’identité. Sans cette dernière, elle ne résistera pas longtemps aux élargissements successifs, au risque de ne devenir qu’un gigantesque marché libéral, sans aucune ambition politique. Ce qui semble loin du projet que ses pères fondateurs lui réservaient, 50 ans plus tôt. Le problème est de réussir à trouver une identité acceptable par les 27, où les citoyens se reconnaîtront, pour ne pas rester qu’une identité artificielle.
Pour le moment, les citoyens européens s’identifient avant tout à leur pays, leur région, leur ville, ce qui explique le faible taux de participation aux élections du Parlement européen, qui parait si lointain. Comment construire une identité commune à une institution en manque de légitimité ? De même, les modèles identitaires proposés sont radicalement différents et n’aboutissent à aucun consensus.
Par exemple, les communautaristes prônent une histoire et une culture communes, pour montrer que l’UE est née de mouvements communs (artistiques, religieux…). L’UE serait alors une famille de Nations. Les libéraux et républicains quant à eux proposent une UE légitimée par une société civile et des institutions politiques fortes. La citoyenneté européenne serait à la base de l’identité de l’UE. Enfin, les constructivistes pônent une identité européenne formée à partir de l’échange et des rencontres incessantes entre les membres.
Cependant, malgré ces différences, tous affirment qu’une identité européenne, quelle qu’elle soit, ne peut naître sans plusieurs facteurs
réunis : une participation démocratique plus forte à toutes les échelles et une démocratie plus poussée au niveau européen ; plus d’europe dans l’éducation (en histoire, en langues
étrangères), et une harmonie économique et sociale entre tous les Etats membres pour réduire les différences et casser le mythe du « plombier polonais ».
Reste, et c’est le plus important, à améliorer la communication européenne, faire connaître nos institutions et le poids des lois européennes dans nos pays, casser les
préjugés et les angoisses, pour montrer l’importance d’une UE cohérente et légitime.
Unissons nous dans la diversité, et nous serons plus fort face à des modèles qui ne nous correspondent pas, nous, européens...